Les relations franco-allemandes ont été nourries par des intellectuels, des artistes et ont permis aux deux nations de forger une identité européenne forte. Retour sur une histoire des idées où l’on croise Voltaire, Kant, Madame de Staël, Goethe, Benjamin, Sartre...
" Si la relation privilégiée nouée depuis quelques décennies entre la France et l’Allemagne contraste heureusement avec l’hostilité qui a prévalu dans la période précédente, elle s’inscrit toutefois dans une
longue et riche histoire commune, faite d’échanges et d’influences réciproques, au cours de laquelle les deux cultures se sont nourries et inspirées l’une de l’autre comme peu d’autres en Europe.
La circulation des idées et des élites intellectuelles de part et d’autre du Rhin est ancienne. Ainsi, dès le Moyen Age,
Maître Eckhart, principal représentant du mysticisme rhénan et l’un des tout premiers philosophes à s’exprimer en allemand, enseigne à Paris. (...)
La révocation de l’édit de Nantes en 1685, qui chasse des milliers de huguenots de la France vers la Prusse, marque une étape décisive dans l’histoire des échanges intellectuels entre les deux pays. Certains des protestants qui prennent le chemin de l’exil vont en effet jouer un rôle de premier plan parmi l’
Aufklärung, les Lumières allemandes. C’est le cas de
Jean-Henri Samuel Formey, collaborateur de l’Encyclopédie et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences de Berlin, une institution qui comptera en son sein, tout au long du siècle, de nombreux Français, comme
Maupertuis, qui la préside à partir de 1745,
La Mettrie ou encore d’Alembert. Venus à Berlin à l’invitation du roi de Prusse, Frédéric II - qui est un admirateur des Lumières françaises et tient l’allemand pour une langue barbare -, ils y sont rejoints, en 1750, par
Voltaire. Celui-ci est pendant trois ans l’hôte du roi au château de Sans-Souci, à Potsdam. Il aide Frédéric, qui se pique de poésie et de philosophie, à rédiger ses textes ... en français, bien sûr.
(...) Le dialogue franco-allemand ne va pas là non plus sans malentendus ni contradictions. Il demeure malgré tout un élément fondateur de l’identité culturelle européenne. "