Le couple franco-allemand

Le prix Adenauer-De Gaulle décerné aux Rencontres d’Evian.

A l’occasion de sa visite à Berlin dans le cadre de la journée franco-allemande le 24 janvier 2012, le ministre chargé des Affaires européennes, M. Jean Leonetti, et son nouvel homologue allemand, M. Michael Link, ont remis ont remis à l’Auswärtiges Amt le prix de Gaulle-Adenauer, à MM. Jean François-Poncet, ancien ministre, et Edzard Reuter, ancien PDG de Daimler-Benz.
Ces deux personnalités ont reçu le prix en leur qualité d’initiateurs des rencontres d’Evian, qui réunissent chaque année depuis 1992 des entrepreneurs français et allemands, et contribuent ainsi à prolonger au niveau des entreprises la relation unique et privilégiée qui unit nos deux pays.

Discours de Jean Leonetti, ministre français chargé des Affaires européennes

"Cher Michael [LINK],
Cher Edzard [REUTER],
Cher Jean-François [PONCET],
Chers amis,


M. Link et J. Leonetti, ©Phototek/Imo.
Quel plus beau nom pour un prix que « Adenauer-De Gaulle » ! Deux hommes qui ont placé les valeurs auxquelles ils croyaient au cœur de leur vie et de leur action. Deux hommes qui avaient une si haute idée de leurs pays qu’ils n’ont pas accepté de le voir s’avilir. Deux hommes d’Etat visionnaires qui ont compris avant tous les autres que l’Europe devait s’unir pour retrouver sa puissance ; qui ont compris que l’Allemagne et la France avaient pour immense responsabilité de construire cette Europe unie.
Ce prix Adenauer-De Gaulle récompense depuis de 24 ans des acteurs majeurs de la coopération franco-allemande. La liste des lauréats démontre la richesse et la diversité de cette coopération : on y trouve des villes (Ludwigsburg et Montbéliard, premières villes jumelées après la guerre), des artistes (les immenses compositeurs Pierre Boulez et Kurt Masur l’année dernière, les jeunes acteurs Audrey Tautou et Daniel Brühl en 2004), des interprètes, des résistants, des politiques (Jacques Delors, Helmut Kohl, VGE, Helmut Sschmidt…). Chacun d’eux, dans son domaine, incarne l’amitié qui lie nos deux peuples. Notre amitié est riche car elle est multiple. Elle repose à la fois sur la conviction de partager les mêmes valeurs, le plaisir de découvrir et d’aimer la culture de l’autre, la capacité de se parler avec franchise et respect, la compréhension réciproque qui n’est pas absence de différence. Si notre cœur nous pousse à nous unir, notre raison aussi. Les Allemands comme les Français sont conscients que notre collaboration enrichit nos deux pays et l’Europe toute entière.

Je suis particulièrement heureux de remettre aujourd’hui ce prix à Edzard Reuter et par lui aussi aux rencontres franco-allemandes d’Evian que vous avez initié il y a 20 ans avec Jean François-Poncet, Antoine Riboud et bien d’autres. Par votre engagement personnel et professionnel, vous incarnez parfaitement cette nouvelle Europe qui prend corps dans les décombres de la crise. Comme l’Allemagne, l’Europe a toujours su tirer profit des crises qu’elle traversait pour en sortir plus forte, plus unie et plus lucide.
Cette sortie de crise, l’Europe est en train de l’élaborer. Elle le fait sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne. Le couple franco-allemand a analysé les différentes facettes de la crise. C’est une crise de la dette et une crise de compétitivité, qui a besoin d’une réponse à court terme et d’un projet à long terme. Aujourd’hui nous nous appuyons sur le couple indissociable que forment la solidarité et la discipline pour redynamiser l’Europe. Ce couple est au service de nos emplois et de notre croissance. L’action que vous avez mené toute votre vie – et que vous continuez à mener – conjugue parfaitement cette double exigence de solidarité et de discipline. Elle a eu pour effet de dynamiser la croissance de l’Allemagne – et donc de l’Europe – et de créer des emplois.

Les rencontres d’Evian incarnent parfaitement cette entente franco-allemande où le désir de partager et l’intérêt à le faire s’alimentent mutuellement. Edzard Reuter et Jean François-Poncet furent les artisans de ces rencontres. Edzard Reuter a fui l’Allemagne avec son père, Ernst, après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, demeurant en Turquie jusqu’en 1946. Vous avez 16 ans quand vous retrouvez votre terre natale. Votre père devient maire puis maire-gouverneur de Berlin-Ouest de 1947 à sa mort, en 1953. A cette occasion, il deviendra le héros d’un « Berlin libre » soumis au blocus soviétique. Plébiscité par les berlinois, il formera un gouvernement d’union pour afficher au monde la solidarité et l’unité des Berlinois. Les valeurs de courage, de solidarité et de fraternité, vous les avez donc reçues en héritage. C’est une chance extraordinaire de posséder une si glorieuse ascendance. C’est aussi un défi à relever car il faut s’en montrer digne. Vous avez réussi cela.
Après des études de physique et de droit, vous entrez chez Daimler en 1964. La fidélité n’étant pas un vain mot pour vous, vous y restez jusqu’en 1995, après en avoir gravi tous les échelons et avoir accédé à la direction du groupe en 1987. Votre gestion de l’entreprise est l’incarnation de ce « capitalisme rhénan » qui fait la force de l’industrie allemande. Le dialogue social est au fondement de l’organisation du travail, le dialogue remplace l’injonction et l’amour du travail bien fait est le moteur de chacun des salariés, du jeune employé au plus expérimenté dirigeant.
A coté de votre action professionnelle, vous vous investissez dans la vie publique en promouvant largement la diffusion de vos valeurs humanistes. C’est ainsi que vous vous associez à Jean François- Poncet, mais aussi aux regrettés Antoine Riboud et Marcus Bierich pour créer les rencontres franco-allemandes d’Evian en 1992.
J’ai eu la chance de participer à la dernière édition de ces Rencontres. J’en garde le souvenir du plaisir des échanges informels avec les participants et du vif intérêt des propos tenus. Lors de ces journées, dirigeants économiques et politique français et allemands réfléchissent aux moyens d’approfondir notre union et de la rendre plus efficace. C’est aussi l’occasion de réfléchir sur la place de l’Europe dans le monde, des moyens de conserver notre puissance, meilleur moyen de défendre le niveau de vie de nos concitoyens et la force de nos valeurs. Ces Rencontres ne sont pas seulement une excellente initiative. Elles sont une initiative nécessaire. Car tous ceux qui y participent sont conscients d’une chose : il n’y a pas de France forte sans une Europe forte. Il n’y a pas d’Allemagne forte sans une Europe forte. Et il n’y a pas d’Europe forte sans un couple franco-allemand solide.

Pour récompenser votre engagement au service de l’humain, de son bien-être et de ses valeurs, vos avez déjà reçu de nombreuses distinctions. Vous avez ainsi été fait en 1998 « citoyen d’honneur » d’un Berlin réunifié et réconcilié. Cette récompense intervenait cinquante après le blocus de Berlin où votre père avait été héroïque et avait posé les jalons de l’Allemagne réunifiée qui devait attendre quarante ans avant de devenir réalité. Parce qu’il y est aussi question de réconciliation, d’entraide et de solidarité ; parce qu’il porte le nom de celui qui était Chancelier à cette même époque et a su, avec votre père, redonner sa fierté à l’Allemagne ; je sais que le prix Adenauer-De Gaulle est une distinction qui prend encore plus de sens pour vous.


Le logo officiel du cinquantième anniversaire du traité de l'Elysée.
Je ne peux pas conclure sans évoquer le cinquantième anniversaire du traité de l’Elysée que nous célébrerons l’année prochaine. Cet accord dont Adenauer et De Gaulle furent les artisans a scellé la réconciliation définitive des deux pays, après des siècles de conflits tragiques. Cet accord avait été précédé par des visites réciproques des deux hommes d’Etat dans le pays de l’autre au cours de l’année précédente, et ces séjours historiques seront aussi fêtés par de nombreuses initiatives, tant au niveau national que par les villes concernées.
Vous serez sans doute sollicités par de nombreux acteurs publics et associatifs engagés dans les festivités, qui devraient s’étendre sur une période dédiée à l’amitié franco-allemande. Ce 50ème anniversaire mettra la jeunesse et le dialogue entre les sociétés civiles au cœur de nos préoccupations. Notre amitié entre États a besoin d’amitiés entre hommes et femmes, entre villes jumelées, entre sportifs et acteurs culturels, entre universitaires et élèves et étudiants, mais aussi entre les acteurs économiques, comme le montrent si bien les rencontres d’Evian que vous avez initiés et longtemps fait vivre.
Nous avons tous un intérêt commun – que nous appartenions au monde politique ou au monde de l’entreprise – à réussir ce pari de réenchantement de l’amitié franco-allemande. Ainsi il y aura des nombreuses occasions lors des célébrations de ces « noces d’or » pour toutes les entreprises françaises et allemandes une opportunité de témoigner leur soutien à l’œuvre réalisée par le Général et le Chancelier, mais aussi de communiquer de manière positive sur leur engagement en faveur de la relation franco-allemande. La jeunesse et le dialogue entre les sociétés sont les bases d’une entente qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire. Nous comptons sur un soutien « euro-civique » à cette initiative qui sera présentée officiellement au Président et à la Chancelière lors du prochain Conseil des ministres franco-allemand.

Cette occasion, nous la vivrons tous avec émotion et fierté. Émotion en songeant aux drames du passé qui ont précédé l’éclosion de l’amitié franco-allemande. Fierté en constatant le chemin parcouru depuis plus de cinquante ans. Ce chemin, votre père en a ouvert la voie. De Gaulle et Adenauer en furent les plus brillants artisans. Vous êtes quant à vous le digne héritier de ces trois grands hommes.
C’est donc avec honneur et bonheur que je vous remets le prix De Gaulle – Adenauer 2012."
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